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association culturelle loi 1901 ayant pour objet de perpétuer la mémoire,
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24 Novembre 2010 Nous pensons à Barbara, qui malgré ce 24 novembre 1997, ne nous a pas quittés. Une gerbe de roses a été déposée par notre association à Bagneux. 24 Novembre 2009 Barbara, 24 novembre 2009, les années passent mais vous continuez de nous enchanter... Les roses déposées par notre association à Bagneux fleurissent votre mémoire.
24 Novembre 2008 Comme chaque année notre association a fait paraître dans l’édition du Monde datée du 24 novembre un message en mémoire de Barbara : Barbara, 24 novembre 1997, Parce que sa mémoire reste vivante. et déposé pour Elle à Bagneux une brassée de roses ; la ville de Göttingen a, cette année encore honoré la mémoire de Barbara en déposant une corbeille de fleurs ornée d’un ruban aux couleurs de la ville.
24 Novembre 2007 Si un 24 novembre 1997 le rideau s’est refermé sur l’une des plus remarquables artistes de la chanson française, Barbara reste plus que jamais vivante dans le cœur de tous ceux qui l’aiment et qui l’admirent. Jamais Barbara n’a autant été chantée. Jamais sa destinée n’a autant inspiré les écrivains. Son influence dans la génération montante de la chanson française n’est plus à démontrer. Dis, quand reviendras-tu ?, Nantes, Une petite cantate, Le mal de vivre, Ma plus belle histoire d’amour ou bien encore L’aigle noir font partie de notre patrimoine. Notre association était présente dans
de nombreux hommages rendus en cette fin d’année 2007
avec en point d’orgue l’organisation de Une Cantate
pour Barbara le 26 novembre au Théâtre des Variétés. Grâce à cette
soirée, Barbara a ainsi été l’une des rares
artistes à recevoir un hommage en public de la scène française. Que tous ceux
qui ont contribué par leur
présence et par leur soutien à cet hommage soient ici chaleureusement remerciés. Comme chaque année, l'association Perlimpinpin-Barbara a déposé un brassée de roses à Bagneux et fait paraître dans l’édition du Monde datée du 24 novembre 2006 un message en mémoire de Barbara. 24 Novembre 2006 L'association Perlimpinpin-Barbara a déposé un brassée de roses à Bagneux et fait paraître dans l’édition du Monde datée du 24 novembre 2006 un message en mémoire de Barbara. BARBARA, 24 novembre 1997… Pour nous Vous chantez toujours Association Perlimpinpin-Barbara
24 Novembre 2005
(Ces textes hommages ont été reproduits dans la Lettre n°14 du printemps 2006) 24 Novembre 2004
" J’ai le vague à mon âme Carolyn R.R
24 Novembre 2003
Photo : Raphaël-Didier de l’Hommel (DR) (Ces textes hommages ont été reproduits dans la Lettre n°8 de novembre 2003) Parfois je sens les frissons de l'automne... C'est quand je me plonge dans le monde, "Je ne sais rien de tout cela "La fleur d'amour qui va s’ouvrir..." "Ne me quitte pas, ne me quitte pas.." "Comme un désert"' "Sur la place une fille..." "...le monde a des dents..." Ses mots comme des bribes transportées par les ondes du son, Quand est-ce que cette voix s'estompe, Celui qui reste ne peut jamais oublier l'autre, Les amours d'antan font partie de notre esprit. Je sais toujours le chemin dans la maison où "On a beau dire, on a beau faire..." Cornélia NAUTA - septembre 2003 Gardiens d'un temple Carmen O. – décembre 2002 Le charme étrange de nos échanges
[Fax pour Madame Monique Serf - connue sous le nom de Barbara – message personnel.] par Jacques DOHMEN (DR)
Madame, il faut vous avouer que ce fut pour moi un choc amer, ce mardi matin 25 novembre, d’apprendre par des amis Parisiens, que j’appelais pour quelques simples renseignements, votre départ soudain et imprévu. Heureusement, ils ont pu me donner votre nouveau numéro de fax. " On ne la verra plus " me dirent-ils. Mais bien sûr, c’était clair depuis quelque temps déjà. Vous vous étiez retirée dans votre vieille ferme à Précy près de Paris – une ferme dans le style des vieux Romains, comme je les connais dans mon pays natal près de Maastricht : en forme de carré autour d’une belle cour vaste, dont vous aviez fait un jardin. Là, vous viviez comme une recluse, ne restant en contact avec le monde que par des lettres faxées. Sur votre dernier CD, que vous nous aviez présenté l’année dernière comme votre testament, se trouve cette chanson-message : " non, c’est mieux de ne pas se connaître, mais faxez, mais faxez-moi, pour que nous ne perdions pas le charme étrange de nos échanges… " Ça oui, c’était clair. Plus jamais on ne vous verrait faire sur scène vos danses folles d’ensorceleuse. Plus jamais vous ne nous offririez vos mains, les paumes exposées, tendues vers nous. Plus jamais, après deux, trois heures d’échanges d’émotion et d’amour qui nous auraient épuisés presque autant que vous, vous ne nous couvririez de brassées de fleurs. Oui, on le savait, cela. Mais on vous savait présente et vigilante. Sereine dans votre beau jardin bien caché dont vous avez décrit, bonne élève de Colette, " les glycines qui frémissent et les pivoines endormies ". On vous savait fort occupée par vos visites aux prisons de Fresnes, de Loos-lès-Lille, Poissy, Lyon, des Baumettes, même si les journaux n’en parlaient que peu, et que les caméras de télé y étaient strictement interdites. " Mais n’insistez pas, si on me filme, on ne nous laissera plus entrer. Ce n’est pas pour Paris Match ce que je fais ici ! " Vous détestiez une certaine publicité que vous avez toujours fuie. Et puis vous craigniez qu’on ne vous tienne éloignée de ces ″délinquants″ que vous chantiez comme le faisait Genet, éblouie par leur naïveté, leur beauté de jeunes assassins. Mais surtout vous craigniez de perdre le contact avec les femmes enfermées, souvent immigrantes de première ou de deuxième génération, écartelées entre deux cultures, et à qui vous vouliez apporter un peu de chaleur humaine et un peu d’espoir. Toutes ces femmes que vous évoquiez pour nous au Théâtre Mogador en 1990 : " Nadia, Oura, Faïta, Marie, Aïcha, Brigitte, Maroussia, Yasmina et la petite Berthe… " C’était clair oui, que nous ne vous verrions plus, mais on vous savait fort occupée par vos visites aux hôpitaux, encore une fois loin des caméras et des micros. Vous vous occupiez de vos ‘sidassassinés’. Toute une année vous aviez déjà chanté, parcourant la France, pour aider financièrement les associations luttant contre le SIDA, celle de Line Renaud et ‘ses’ artistes, et celle d’Act up à Paris. Dans votre maison de Précy vous aviez fait installer une ligne spéciale d’assistance téléphonique pour les personnes atteintes du SIDA. Bref, on vous savait présente et vigilante. Ce numéro spécial, Madame, ne fonctionnerait-il plus, comme ne fonctionne plus celui de votre répondeur téléphonique ? Les mélodies de vos quelques deux cents cinquante chansons, leurs paroles qui, quoique vous disiez et malgré vos protestations, témoignent d’un talent littéraire certain – ces chansons sont gravées dans la mémoire de trois générations de Français, comme celles de vos grands exemples : Brel et Piaf. Ce qui est exceptionnel, c’est d’abord le côté intime et personnel des vôtres. Votre oeuvre n’est qu’une longue biographie en poèmes. Et ensuite, c’est que presque tous ces poèmes-là – ces effluves d’atmosphère, de sagesse, de mal de vivre et de joie de vivre - semblent parler de nous, de notre vie à nous. Quand il nous arrive d’entendre votre voix quelque part en nous, et cela nous arrive souvent, quand vous murmurez votre détresse de ne pas avoir vu votre père vivant à Nantes ; quand vous criez votre haine et votre dégoût devant les cruautés de la guerre (" D’où venez-vous, où allez-vous, qui êtes-vous, qui priez-vous ? / Moi je vous prie de faire silence ! ") ; quand vous évoquez vos souvenirs étonnamment amusés de petite Juive chassée par les Allemands, mais aimant cette aventure de vivre de valise en valise ; quand vous nous dites sur un rythme de valse qu’il va de soi que les enfants de Göttingen aient le même droit au bonheur que ceux nés à Paris ; quand vous laissez éclater votre joie de vivre, ou que vous dites à notre plus jeune génération, qui est parfois découragée face à un monde cruel et compliqué, qu’il ne faut pas désespérer et surtout ne pas abandonner, " car tu verras, le jour se lève encore. ". Chaque fois que votre voix se fait entendre à l’intérieur de nous, on vous imagine dans votre jardin mythique, dans votre rocking-chair, enveloppée de moult couches de noir, comme une Yourcenar embellie et amaigrie, avec dans vos mains un recueil des lettres de Rainer Maria Rilke ou un mince livre de Marguerite Duras, et surtout écoutant gazouiller autour de vous les hirondelles et les mésanges… Cela nous réconcilie avec le fait qu’il ne nous reste que vos textes, vos mélodies. Puisque vous nous faites signe de votre présence, de votre intérêt dans nos destins avec vos lettres faxées, un peu difficiles à déchiffrer ma foi, mais qu’importe… Tout cela, faut-il maintenant le conjuguer au temps passé ? Partie 2 publiée dans la Lettre n°9 : En ce qui me concerne, vous êtes tombée du ciel, comme cela, un dimanche après-midi un peu maussade de janvier 1965. J’avais dix-huit ans et je préparais mon bac en écoutant la radio. Vous étiez dans les studios de la RTBF à Bruxelles où vous parliez de vos débuts difficiles en Belgique, de vos rendez-vous ratés avec le public, de vos interprétations des chansons de Brel, de Brassens. Et vous étiez venue, fière et émue, présenter votre premier disque pour Philips, le célèbre disque avec la rose. J’oubliais les livres ouverts devant moi, je vous écoutais bouche bée. Quelle belle surprise, quelle superbe rencontre ! Trois jours plus tard, je m’étais procuré votre disque, et je ne me lassais pas de l’écouter. Pierre, Nantes, A Mourir pour mourir, Je ne sais pas dire je t’aime… Une présence unique s’était installée dans ma vie – comme dans celle de beaucoup d’autres à cette époque et dans les vingt-cinq ans qui suivirent. Vous souvenez-vous, Madame, de ce récital unique que vous avez donné au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles un des premiers jours de 1967 ? Vous commenciez encore avec " les chansons des autres " et vous étiez encore rivée à votre piano. Vous souvenez-vous de notre émotion de vous voir vous lever tout d’un coup et venir vers nous pour chanter Ma plus belle histoire d’amour c’est vous ? Vos grands yeux étaient cachés derrière des faux cils mais ils brillaient d’une façon surprenante. Vous nous disiez votre longue attente, le froid et la faim, le désespoir de ne jamais nous voir au rendez-vous. Et le miracle, il n’y avait pas si longtemps de cela, quand un beau soir de septembre nous étions là ! Enfin vous pourriez poser vos bagages, vous installer " chez vous " sur quelque scène que ce soit, avec votre piano, votre rocking-chair, vos lumières rouges et bleues, et nous attendre… Depuis cette expérience qui comptait tellement pour vous, depuis ce mythique mois de septembre 1965 (c’était à Bobino), on s’est embrassés, vous et nous, et encore et encore. C’était le début d’une " histoire " terrible et unique entre vous et votre " amant aux mille bras ". Mille voix scandantes, mille mains applaudissantes vous ont bercée, vous ont nourrie pendant trente longues années, et vous vous êtes épuisée à nous aimer, en défiant les regards de non compréhension, les moqueries aimables ou blessantes.Vous souvenez-vous de Bobino à la fin de 1966 lorsque vous essayiez de vous libérer de vos cauchemars, de vos fantômes, moi qui ne me souviens jamais du passé qui m’importune ? Pourtant vous invoquiez votre grand-mère, " la Juive " qui était venue de Russie et dont vous avez emprunté le nom, Varvara, tant vous l’aimiez. Vous vous rappelez l’Olympia, début 1978 ? Déjà vous pensiez à ceux qu’on a enfermés : Dans ta cellule de béton gris… j’imagine ta solitude… peut-être que sur ton transistor il t’arrive d’entendre ma voix… ta musique, quelques notes, trois fois rien… pour toi, rien que pour toi. Nous, on ne comprenait pas tout, Madame, comme nous n’avons pas compris tout de suite l’intensité de Nantes, mais on sentait votre émotion, on comprenait que c’était important, et on vous a écoutée fascinés. Vous devez penser souvent à Pantin, Madame, à l’immense et froid hippodrome où vous nous aviez donné rendez-vous en novembre 1981. Là, nous vous avons trouvée heureuse, comblée. Nous étions 100.000 ces quatre semaines-là. Quand vous nous avez parlé de vos espoirs d’une nouvelle époque, plus juste, plus vraie pour la France, sous le gouvernement " de l’homme avec une rose à la main ". Au dernier jour de cette aventure, vous nous offriez une nouvelle chanson, une chanson de circonstance qu’il vous fallait lire sur une feuille ; vous vous penchiez vers nous comme on se penche vers des enfants. Pantin, Pantin, oh qu’est-ce que vous m’avez fait là ? (C’était) presque l’hiver… (mais) au bout de vos cœurs étoilés vous avez planté des soleils plus flamboyants que le soleil... Pantin, merci, Pantin bonsoir, Pantin on recommencera ! Et on savait que vous tiendriez parole, malgré votre santé devenue fragile, malgré votre voix fatiguée. Est-ce là, sous ce chapiteau, la première fois que vous nous avez couverts de fleurs ? Vous vous souvenez de l’angoisse, de cette crainte, la nôtre
et la vôtre, de l’indicible : que c’était fini, que votre voix s’était brisée
pour de bon ? Chante ! Mais chante ! faisiez-vous dire par Depardieu à
votre double, Lily Passion. Mais chante donc, murmureuse ! Et avec
des aigus retrouvés vous rechantiez, comme un oiseau libéré de sa cage. Vous
chantiez vos rêves d’une île aux mimosas, où vous suivriez cet homme aimé,
l’assassin mystérieux… Oh, ce n’était que de la littérature, vous savez bien que
pas un instant nous ne vous prenions au sérieux. Jamais vous ne troqueriez votre
" amant aux mille bras " pour quelqu’un d’autre. Pas pour cet autre assassin, ce
fils de rien… cette crapule au doux sourire… pourvu qu’à l’image de son
portrait ils se ressemblent trait pour trait , ni pour le gosse qui avait
presque vingt ans et la gueule si bouleversante, fallait voir pour croire,
ni pour l’Indien aux yeux de jais noir, aux cheveux de satin, ni même
pour ce cadeau que, femme mûre, vous chantiez avec des néologismes durassiens :
J’suis plus de ton âge, mais c’est bonheur de te regarder, on fait voyage dans une vie recommencée. Mais Madame pensez-vous parfois au Châtelet en 1987, quand vous avez eu peur pour les balcons qui risquaient de s’effondrer tant nous avons battu pieds et mains en criant d’enthousiasme ? Vous nous donniez la chair de poule en racontant le hasard qui vous avait ramenée au petit village où vous aviez pu, jeune fille, poser pour quelques années votre valise de nomade chassée par les Allemands, pour y devenir une simple lycéenne parmi d’autres, pour y avoir une jeunesse " normale " avec Régine, votre petite soeur, et Jean et Claude vos frères, avec votre mère adorée, ses colères et sa jeunesse. Ce village vous confrontait aussi à un passé que de coutume vous chassiez loin : La guerre nous avait jetés là, d’autres furent moins heureux je crois au temps joli de leur enfance. Mes souvenirs se confondent et se brouillent. Madame, était-ce alors que pour la première fois vous nous présentiez des corbeilles pleines de préservatifs ? " Faites l’amour ", nous disiez-vous, à ce public de plus en plus jeune qui accourait vous voir, vous entendre, " mais ne prenez pas de risques ". Oui, je vous revois, trépignante autour de votre grand piano noir, comme une lionne furieuse qu’on aurait provoquée, après avoir crié votre dégoût devant cette maladie tueuse, qui avait assassiné tant de vos amis artistes, et qui risquait d’assassiner bon nombre d’entre nous aussi. Je vous revois, un peu lointaine et toute seule avec votre piano, chanter votre déclaration d’amour à votre mère, votre " jiddische momme " Esther Brodsky. Cette mère qui vous avait laissée orpheline à quarante ans. Et c’est pour vous que je chante, pour vous que je continue. Ce n’était pas l’île aux mimosas, cette fois-ci, c’était sérieux, quelque choseà respecter. Et nous vous écoutions silencieusement évoquer la rue de Rémusat où vous viviez toutes deux dans cette chanson qui est l’une de vos plus belles. Partie 3 publiée dans la Lettre n°10 : Votre récital à Mogador en 1990 nous semblait un adieu. Vous n’aviez pas vu passer le temps, mais nous, nous ne pouvions ignorer ni votre voix rauque et brisée, ni votre fatigue apparente. Nous, votre public, nous vous portions, nous vous aidions, nous vous accompagnions, attentifs et reconnaissants de vos efforts, tout au long de votre tour de chant. " Enterrez-moi dans un piano noir ", chantiez-vous. Et vous évoquiez le grand Jacques qui vous manquait ; Il pleut sur les Marquises et les femmes de Gauguin pleurent pour toi. Mais pour moi tu n’es pas parti, pour moi tu chantes encore ! Vous chantiez, sur un air de Schubert, la petite Coline, morte à quinze ans. Et vous rechantiez, pleine d’humour et de tendresse, ce trafiquant de voitures, ce Monsieur Victor (qui ne s’appelle pas comme cela mais qui existe bel et bien) qui vous avait emmenée à Paris, quand, il y a bien trente ans de cela, vous faisiez, morte de faim et de fatigue, de l’auto-stop pour une nouvelle tentative de carrière de chanteuse à Paris. " Chanter n’est pas un métier, laisse-moi m’occuper de toi, tu n’auras plus jamais faim… " " Monsieur Victor, vous aviez un coeur d’or ! " terminiez-vous en riant, vous qui compariez souvent votre métier à celui des putains et… des bonnes soeurs. Là vous chantiez votre beau jardin de Précy, le havre enfin
trouvé. Parfait, nous pensions, c’est très bien comme cela, reposez-vous, soyez
heureuse et sereine. Et si on rentrait un peu mélancolique, on avait votre
numéro de fax écrit, comme des gosses, sur le dos de la main. Nous ne voulions plus nous séparer de vous, vous souvenez-vous ? On criait, on gueulait des encore !, de sorte qu’à la fin, épuisée, vous appuyiez votre tête sur le piano. Si quelqu’un était entré à ce moment-là, il aurait trouvé cette scène odieuse, obscène, comme toute expression d’une grande passion doit sembler obscène à ceux qui ne la partagent pas. On était venu de partout, Madame, de Berlin, de Nice, d’Amsterdam et même de New-York. Pour vous Madame, et vous le saviez. C‘est pourquoi vous essayiez de tenir – mais vous avez dû accepter l’irrévocable, l’inévitable : c’était fini. Vous n‘en pouviez plus. Il ne vous restait que de faire le deuil de votre carrière de femme qui chante, et de vous cacher derrière votre répondeur téléphonique et votre numéro de fax. La convalescence fut lente. Vous commenciez à écrire vos
mémoires, à accepter ce passé que vous aviez voulu oublier, nier. Il vous
arrivait ce qui, me semble-t-il, arrive à toutes les personnes de descendance
juive de votre génération, à la fin d’une vie active :
le passé revient. " Il me revient une histoire, "
dites-vous dans cette belle chanson que vous écriviez Sûr, on ne pouvait plus bercer vos peines avec nos applaudissements, vous soutenir dans vos moments de fatigue avec nos cris d’amour, Barbara !, votre voix nous arrivait de loin, gravée sur disque. Mais dites, on était au rendez-vous, non ? 300.000 pour acheter ce que vous appeliez " votre testament ". N’étiez-vous pas contente de l’avoir fait, ce " testament ", d’avoir pour une fois vaincu votre haine des studios ? Et voilà que vous êtes partie de Précy, Madame. Sans nous prévenir, vous avez repris votre vie de nomade. Et nous sommes bien tristes, Madame, vous l’avez vu. Mais lisez-vous les journaux, les hebdomadaires français ? Savez-vous que les unes de Libération, du Monde, du Figaro, de l’Express, de Télérama, de Paris Match, des Inrockuptibles étaient en deuil ? Et la télévision que vous n’éteigniez jamais, vous la regardez encore ? Avez-vous vu votre amie Régine, la reine des nuits parisiennes, déclarer devant les caméras : Elle aurait eu horreur de nous voir, nos larmes, nos visages affligés, elle nous détesterait, va. Et elle pleurait, Régine. Nous avons votre nouveau numéro de fax. Nous continuerons de vous dire nos joies et nos peines. Mais nous vous prions, Madame, ne nous en voulez pas de rester ici avec le sentiment que vous avez si bien chanté en pensant à votre maman Esther. Encore une fois, ce que vous avez dit et qui ne semblait exprimer qu’un sentiment strictement personnel, s’applique aussi à nous : " Avec votre âme nomade, Vous voyagez dans le temps… (mais) connaissez-vous le printemps ?… Que les saisons Vous soient douces… Vous qui aimiez tant la grâce des lilas mauves et blancs… C’est pour Vous que je chante, pour Vous que je continue, (mais)… Oh que j’aimerais poser mon chagrin à votre épaule, et ma tête sur vos genoux. Vous ne m’avez pas quittée depuis que Vous êtes partie, (mais) Vous m’avez faite orpheline le jour où Vous êtes partie. Oui, je suis une orpheline depuis que Vous m’avez quittée. " Jacques Dohmen 24 Novembre 2002 Chaque soir, le coeur battant, On guettait l'instant de votre entrée en scène, Ce lieu magique où vous aviez le privilège de chanter votre vie à corps perdu. Pendant vos concerts, chacun était seul au milieu de la foule Avec vous, " Femme Piano ", d'ailleurs ce n'était plus un piano Mais une âme quand votre musique nous faisait pirouetter dans vos espaces Jusqu'à endormir le mal de vivre ! Depuis que vous êtes partie Même si parfois tout semble perdu On continue, Vous là-bas, dans la lumière Nous, sur des chemins de hasard Avec les voix du passé qui nous hantent Brutales, superbes, Défiant le temps Pour que le Piano noir résonne Encore et toujours de théâtre en théâtre. Danie Dulos – Novembre 2002 I ci, rien ne me rappelle…presque rien…sauf chez moi, mes disques, le grand meuble en bois avec tous les classeurs, et ma tête, mes rêves, mon désarroi…Et quand je ne prononce plus son nom…tout à coup les gens aiment savoir, des gens que je ne connais pas, des étrangers. Pourquoi partir pour Paris ? Pourquoi j’ai fui mon pays ? Alors je dis très clairement, sans arrière-pensée, sans espérer, je dis, pour elle. Pour Barbara, pour elle. " Une chanteuse française vous savez, un peu comme Jacques Brel… " Alors, parfois ils savent. Ah, la grande Barbara ! Alors ma mémoire revient. La grande Barbara… certainement, mais pour moi elle était… celle qui disait tout haut ce qu’on disait tout bas. C’est comment la vie… eh bien… elle, ne faisait pas semblant. Je ne fus jamais seule avec sa voix au transistor. Je savais qu’elle pouvait comprendre. Elle était à la fois la mère qui protégeait, la sœur avec qui on pouvait rire, l’artiste qui avait son caractère, la femme désirable et mystérieuse sur qui on projetait ses rêves de nomade. Et surtout, elle tenait le cap droit. Elle fut la femme fière que je rêve d’être. Celle qui dit non. Celle qui va au bout de ses rêves. Alors, la grande Barbara… oh certainement… Mais à la fin de sa vie, j’ai su aussi qu’elle était vulnérable, comme tout le monde. Comme moi. Je voulais lui rendre la force qu’elle m’avait donnée quand j’étais adolescente. Je me souviens toujours très bien de cette force. Inexplicable. Cette tendresse lumineuse dans ses yeux… le don… Alors plus que de tout autre chose je me souviens de cela : Qu’elle m’a montré par son être que je peux être moi-même dans tout ce que j’entreprends. Malgré la peur. Malgré ce que le monde prend et en dépit de soi-même. Qu’il faut rester sur sa propre route bien qu’elle soit difficile. Ma Barbara…non, jamais tu n’es vraiment loin… Je fais semblant d’oublier. Oublier sans rien oublier. Ici rien ne me rappelle… …mais j’ai tort. Quand je me regarde, tout me rappelle toi. Je n’ai qu’à ouvrir mon cœur, je n’ai qu’à faire une photo, Je n’ai qu’à faire une balade en novembre. Je n’ai qu’à faire le voyage de Paris, qu’à parler français, Je n’ai qu’à aimer…
Cornélia NAUTA - Amersfoort, Pays-Bas- 1er novembre 2002 Novembre Il pleut sur les villes du monde Noëlle Jaffres – Novembre 1997 24 Novembre 2001 Interview diffusé par France Inter - Journal du matin 7H-9H du 24 novembre 2001 Voilà quatre ans que la dame en noir a disparu. La mémoire de la chanteuse est entretenue par de nombreux admirateurs réunis au sein de l'association Perlimpinpin-Barbara qui s'était mobilisée notamment lors de la vente de ses effets personnels, il y a un an et demi. L'Etat avait alors préempté de nombreux objets, son piano notamment. Parfois quand les artistes meurent, c'est aussi leur souvenir qui meurt un peu. Risque t'on d'oublier Barbara ? Corinne Audoin a posé la question à Martine Worms de l'association Perlimpinpin-Barbara. MW : Je ne pense pas. Barbara est chantée, écoutée, connue, reconnue et citée à peu près partout. Il y a quelque chose de Barbara qui fait partie de notre culture. Il ne faut pas oublier qu'elle avait une personnalité extraordinaire. Je crois que les paroles de ses chansons, les musiques ont une intemporalité, une espèce d'universalité qui touchent ; qui touchent beaucoup les gens, de tous âges. C'est très frappant de voir que, tout à coup, quelqu'un, quel que soit son âge, à un certain moment de sa vie, dans un certain moment d'émotion, va écouter Barbara et va dire : Mais elle me parle, elle m'explique ce qui m'arrive ; j'ai envie de l'entendre, j'ai envie d'en entendre plus. Voilà, elle parle de nous, de nous tous. Je crois que Barbara manque beaucoup. Elle réagissait, vous savez, beaucoup à ce qui se passait dans le monde. Elle avait une parole pour encourager, pour mener les gens vers la vie. (A propos des récents événements) Elle aurait certainement trouvé des mots, pour dire, pour dire la souffrance, pour dire la douleur, pour dire l'horreur mais aussi pour dire l'espoir. 24 Novembre 2000 Pour se souvenir de Barbara Les trois textes qui suivent ont été écrits par Marie Chaix pour être lus, parmi d'autres, au cours d'un Spectacle hommage à Barbara, "Rue de la grange au Loup", donné les 28 et 29 mai 99 à Nantes, avec les Chanteurs du Cabaret Studio et un ensemble instrumental du Conservatoire de Nantes. Texte I La robe de laine C'est une petite photo en noir et blanc, une photo d'amateur d'il y a longtemps. On y voit un enfant debout sur un balcon, il y a du soleil au fond. En robe de laine tricotée, une petite fille sourit. Jambes longues et minces, cheveux bouclés, socquettes tirebouchonnées sur des sandales à boutons. Saisie au vol, voyons ne bouge plus, on a dû la déranger d'un jeu. Elle sourit mais le visage est un peu flou. Plus net, à l'angle du balcon, est un buisson. Si l'on regarde de plus près on voit qu'il s'agit bien de roses, un buisson de roses épanouies. C'était il y a longtemps, l'enfant a trois ou quatre ans, pas plus. C'était avant, bien avant, avant la guerre et les voyages, sur un balcon dont qui se souvient ? Avant que les roses ne se fanent, avant de grandir, de perdre la maison, avant les chagrins, les départs. C'était au temps où l'on tricotait les habits des enfants. Texte II Le Silence Le silence il suffit de l'écouter, on y entend la musique et les oiseaux de nuit. Le silence on s'y promène, bras en croix, toute voile dehors, à l'affût des voix qui murmurent des histoires oubliées... Le silence il s'apprivoise et devient animal de compagnie. Pas besoin de marcher sur les toits pour être somnambule. Dans ses dentelles noires et ses mules de velours, elle arpente son jardin nocturne. Le clocher du village sonne les heures. Elle fredonne et se retourne. Dans une flaque de lune, pointe la patte d'un gros chat tigré. Elle a entendu le grelot à son cou, elle rit, se penche, le ramasse, l'enveloppe dans ses frous frous, lui chuchote à l'oreille des tendresses. Ensemble ils disparaissent derrière les branches bleues. Le silence s'étire... Bientôt quelques notes s'égrènent dans la nuit claire. Elle aime le silence. Elle aimait le silence et savait l'écouter. Savait aussi le traverser, capter les bruits bien au delà des murs de son jardin. Au bout du silence elle entendait le monde et ses violences, ses fléaux, ses injustices. La férocité du monde souvent la tenait éveillée. Durant de longues nuits elle parlait à ses arbres, à ses chats pour apaiser sa colère. Les chagrins, les douleurs, elle les savait. Du plus loin de son silence leurs bruissements venaient hanter ses insomnies. Elle en faisait des chansons. Elle n'a chanté que ce qu'elle savait. Ils lui ont dit : " Vous êtes un poète ". Ce n'était pas une insulte mais elle dit " Non ! Vous ne comprenez pas ! Je n'écris pas pour être lue ni déclamée. J'écris pour chanter, comme on respire pour vivre. Je ne suis qu'une femme qui chante." Une femme qui chantait. Il suffit de l'écouter. Silence. Texte III Elle C'est une autre photo, en couleur celle-ci, sur le balcon de Rémusat. La petite fille en robe de laine a grandi. Elle est une femme en peignoir éponge blanc qui découvre des épaules pleines et lisses. Il y a du soleil au fond, un soleil de fin d'été. Pas de buisson sur ce balcon, à Paris. Les mêmes roses, dirait-on, du balcon en noir et blanc ont épanoui le visage, éclairé le teint velouté, la douceur du regard. Cette image d'une femme en peignoir éponge blanc est le reflet d'une amoureuse, sans âge, sans rivage, d'une femme heureuse de n'importe où. A quoi pense-t-elle ? Marie Chaix (DR) *** Le 24 novembre chacun peut s'associer, comme il peut, comme il veux, par la pensée, par un geste, par un message, à la présence de Barbara dans nos coeurs. Perlimpinpin dépose chaque 24 novembre une brassée de roses coupées à Bagneux et fait paraître un message dans le carnet du Monde daté du 24 novembre. Merci de nous aider à poursuivre ensemble ce chemin de respect. |